Depuis le début de la colonisation, les colonisateurs européens considèrent les Autochtones comme étant inférieurs à eux. Les premiers missionnaires et administrateurs européens décident d’éduquer, d’évangéliser et de civiliser ceux qu’ils appellent les « sauvages ».
À travers les époques, l’objectif demeure souvent le même pour les colonisateurs : l’assimilation des Autochtones. Pour l’atteindre, le gouvernement fédéral met différentes mesures en place, dont le régime des pensionnats autochtones (indiens) du Canada qui durera de 1831 à 1996.
L’assimilation désigne le fait pour un groupe dominant de chercher à intégrer un groupe ou une minorité dans sa population en lui enlevant son caractère distinctif (sa culture).
En 1831, le premier pensionnat ouvre ses portes en Ontario. Quelques années après la formation de la fédération canadienne, en 1867, la construction et le fonctionnement des pensionnats sont financés par le gouvernement fédéral, mais l’éducation réalisée dans ceux-ci est sous la responsabilité de l’Église catholique, de l’Église anglicane, de l’Église Unie ou des Églises presbytériennes. Ces établissements se développent à travers tout le Canada, à l’exception du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve.
Les pensionnats autochtones au Canada
Source : Pensionnats indiens au Canada, 2012
Officiellement, l’objectif de ces établissements est d’éduquer les jeunes autochtones. En réalité, il s’agit surtout d’une grande campagne d’assimilation visant différentes populations autochtones du Canada.

École missionnaire des Pères oblats à Fort George (au Québec) en janvier 1946
Source : Pensionnat indien de la mission des Pères oblats. Fort George, Québec [Photographie], Glunz, Bud, 1946, Bibliothèque et Archives Canada, (URL). Droits réservés*

Groupe de religieuses avec des élèves autochtones à Port Harrison (au Québec), vers 1890
Source : Groupe de religieuses et d’élèves autochtones [Photographie], Woodside, H.J., 1890, Bibliothèque et Archives Canada, (URL). Droits réservés*
Les jeunes autochtones sont enlevés à leur famille, parfois de force, et emmenés dans les pensionnats. L’éducation qu’ils y reçoivent a pour but de les éloigner de leur culture d’origine en leur apprenant la culture canadienne chrétienne. Ces jeunes sont éloignés de leur culture puisqu’ils n’ont pas de contact avec leurs proches. Certains d’entre eux retournent dans leur réserve seulement quelques mois durant l’été. Dans d’autres cas, les enfants doivent rester des années dans les pensionnats.
Dans les pensionnats, dès leur arrivée, les enfants reçoivent fréquemment des noms européens pour remplacer le nom qu'ils portaient. Les jeunes autochtones apprennent le français et/ou l’anglais et ne peuvent plus communiquer dans leur langue maternelle, même entre frères et sœurs ou dans les lettres qu’ils écrivent à leur famille. L’objectif est de transformer les Autochtones en « bons Canadiens ». En plus de leur apprendre l’une des deux langues officielles, les pensionnats les forcent à pratiquer le christianisme (par exemple le catholicisme ou le protestantisme) dans la plupart des cas et à adopter les différents éléments de la culture canadienne (les vêtements, le mode de vie, etc.).

Fillettes mi’kmaq suivant un cours de couture au pensionnat autochtone de Shubenacadie en Nouvelle-Écosse en 1929
Source : Fillettes mi'kmaq suivant un cours de couture au pensionnat indien de Shubenacadie [Photographie], 1929, Bibliothèque et Archives Canada, (URL). Droits réservés*
La discipline est très importante dans les établissements. Les jeunes autochtones sont souvent victimes de mauvais traitements tant psychologiques que physiques. Les punitions sont fréquentes et les abus sexuels ne sont que peu ou pas pénalisés. Les conditions de vie dans les pensionnats sont difficiles avec le froid, les maladies et la malnutrition.
Dès 1940, les responsables du ministère des Affaires indiennes décident de mettre fin au régime des pensionnats et commencent à les fermer peu à peu. Le dernier pensionnat ferme ses portes en 1996. Environ 150 000 enfants les auront fréquentés durant les 165 ans que dure cette pratique. Il est difficile d’évaluer le nombre d’enfants décédés dans les pensionnats. Jusqu’à maintenant, il est possible de confirmer le décès de 4 134 d’entre eux (Radio-Canada, 2013), mais certains estiment qu’il y aurait eu plus de 6 000 décès en tout (Pensionnats indiens au Canada, 2012).
Les cultures autochtones sont grandement touchées par toutes ces années de tentatives d’assimilation. Certaines langues et coutumes deviennent menacées de disparition, notamment en raison des pensionnats. Les cicatrices laissées par ces derniers sont toujours bien présentes chez les personnes et dans les communautés. Durant de nombreuses années, les communautés et plusieurs leaders autochtones font des démarches pour faire valoir leurs droits.
La Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) a été chargée en 2008 de documenter ce qui s’est passé dans les pensionnats indiens à travers le pays pour en informer la population canadienne. Pour ce faire, les commissaires et les chercheurs et chercheuses ont rencontré et écouté des survivantes et des survivants de ces pensionnats, leurs familles, les communautés ainsi que toute personne ayant été personnellement touchée par les pensionnats. Les travaux de la CVR ont pris fin en 2015 avec le dépôt de plusieurs rapports disponibles sur le site du Centre national pour la vérité et la réconciliation.
Cette Commission a aussi œuvré à mettre en place les bases d’une réconciliation. Les 94 recommandations qu’elle a émises sont à l’origine d’autres démarches. L’une d’elles est la tenue d’une enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées dont les résultats sont présentés au public en 2019.
Pensionnats indiens au Canada. (2021, 1er juin). L’encyclopédie canadienne. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/pensionnats
Bibliothèque et Archives Canada. (1929). Fillettes mi’kmaq suivant un cours de couture au pensionnat indien catholique de Shubenacadie, Nouvelle-Écosse [Photographie]. https://www.bac-lac.gc.ca/fra/recherchecollection/Pages/notice.aspx?app=FonAndCol&IdNumber=5159041*
Glunz, B. (1946). Pensionnat indien de la mission des Pères oblats. Fort George, Québec [Photographie]. Bibliothèque et Archives Canada. https://www.bac-lac.gc.ca/fra/recherchecollection/Pages/notice.aspx?app=fonandcol&IdNumber=4113891&new=-8585697120339551897.*
Radio-Canada. (2013, 26 avril). 4134 morts dans les pensionnats autochtones au Canada, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/610955/pensionnats-autochtones-morts
Woodside, H. J., (vers 1890). Groupe de religieuses et d’élèves autochtones [Photographie]. Bibliothèque et Archives Canada. https://www.bac-lac.gc.ca/fra/recherchecollection/Pages/notice.aspx?app=fonandcol&IdNumber=3624991&new=-8585781639414376806 *
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